Elle n’en avait jamais reparlé.
— Il s’en souvenait ?
— Apparemment, oui.
L’avocat sortit alors plusieurs dossiers de son sac.
— Thomas a consacré une partie de sa fortune à cette idée.
Nancy ouvrit le premier dossier.
Il contenait des documents concernant une petite résidence destinée aux personnes âgées isolées.
Le deuxième concernait un programme d’aide aux anciens patients de l’hôpital.
Le troisième portait sur une bourse destinée aux jeunes infirmières.
Nancy resta sans voix.
— Tout ça…
— Il l’avait préparé depuis longtemps.
— Mais pourquoi ne m’en a-t-il jamais parlé ?
L’avocat eut un léger sourire.
— Parce que Thomas était convaincu que vous refuseriez si vous pensiez qu’il faisait cela pour vous impressionner.
Nancy laissa échapper un petit rire à travers ses larmes.
— Il me connaissait encore trop bien.
— Oui.
Pendant quelques instants, le silence envahit la cuisine.
Puis Nancy aperçut une dernière feuille au fond de la boîte.
Elle la prit.
Cette fois, l’écriture de Thomas était différente.
Plus tremblante.
Comme s’il l’avait écrite peu avant sa mort.
Nancy,
Je t’ai menti sur une chose.
Quand je t’ai demandé de m’épouser, je t’ai dit que c’était mon dernier rêve.
Ce n’était pas tout à fait vrai.
Mon dernier rêve était de te voir continuer à vivre après moi sans avoir peur de l’avenir.
Nancy sentit son cœur se briser.
Tu as passé ta vie à prendre soin des autres.
Pour une fois, laisse quelqu’un prendre soin de toi.
Elle posa la lettre sur la table.
Mais une phrase en bas de la page attira son attention.
Et surtout, ne fais confiance à personne qui te dira que je t’ai laissé tout cela par amour.
Nancy releva brusquement la tête.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
L’avocat devint soudain sérieux.
— C’est précisément la raison pour laquelle je suis ici.
Il ouvrit son dernier dossier.
À l’intérieur se trouvait une liste de noms.
Nancy parcourut les premières lignes.
Certains noms lui étaient inconnus.
Puis elle en reconnut un.
Elle pâlit.
— Non…
L’avocat la regarda.
— Vous le connaissez ?
Nancy hocha lentement la tête.
— Il est venu me voir deux semaines avant la mort de Thomas.
— Que vous a-t-il dit ?
— Il m’a posé des questions sur Thomas.
— Lesquelles ?
Nancy essaya de se souvenir.
— Il voulait savoir si Thomas m’avait parlé de ses affaires. De son testament. De ses propriétés.
L’avocat acquiesça.
— C’est bien ce que je pensais.
Nancy sentit une inquiétude profonde monter en elle.
— Qui est cet homme ?
L’avocat posa son doigt sur le nom.
— Quelqu’un qui pensait pouvoir récupérer une grande partie de ce que Thomas possédait.
Nancy regarda encore la liste.
— Et maintenant ?
— Maintenant, il pense probablement que vous êtes la personne qui lui barre le chemin.
Un silence lourd tomba dans la pièce.
Nancy se leva lentement.
Elle regarda autour d’elle.
Cette petite cuisine où elle avait vécu seule pendant tant d’années lui sembla soudain différente.
Elle comprenait enfin ce que Thomas avait voulu dire.
Le mariage n’avait pas seulement été un adieu.
C’était une protection.
Une porte qu’il avait volontairement ouverte avant de la quitter.
Et derrière cette porte se trouvait toute une partie de sa vie dont Nancy ignorait l’existence.
Mais il restait une question.
Une seule.
Pourquoi Thomas avait-il attendu cinquante-six ans pour revenir vers elle ?
Elle se tourna vers l’avocat.
— Il y a quelque chose que vous ne m’avez pas encore dit.
L’homme ne répondit pas.
— Je le vois dans votre regard.
Il soupira.
— Thomas m’avait demandé de ne vous révéler cette dernière chose que si vous découvriez vous-même le reste.
— Quelle dernière chose ?
L’avocat ouvrit lentement un dossier qu’il n’avait pas encore touché.
Il en sortit une lettre beaucoup plus ancienne.
Le papier était jauni.
Les bords étaient usés.
Nancy reconnut immédiatement l’écriture.
C’était celle d’un jeune homme.
Thomas, à dix-sept ans.
Elle prit la lettre.
— Quand a-t-il écrit ça ?
— La semaine après votre départ.
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