L’ombre d’une “maman“ qui n’en est pas vraiment une. “Ces mots, ‘tu es belle’, je suis à peu près sûre que ma mère ne me les a jamais dits, confie l’héroïne. En tout cas, je n’en ai pas le souvenir.“ J’ai lu cette bande dessinée de Sophie Adriansen (scénario) et Mademoiselle Caroline (dessin et couleurs) juste avant la fête des mères. Bouleversée par la justesse et le réalisme de cette histoire, j’ai d’abord mesuré ma chance d’avoir une maman qui me dit “Je t’aime“ presque tous les jours depuis que je suis née. Puis j’ai pris conscience du nombre de personnes autour de moi qui ont souffert ou souffrent toujours de ne pas être dans cette situation. “D’après les spécialistes, 20% de la population aurait grandi aux côtés d’un parent ‘toxique’“, pouvons-nous lire au dos du livre. Sophie Adriansen en fait partie, elle s’est inspirée de sa propre histoire pour l’écrire. “J’ai mis très longtemps à prendre conscience de cette toxicité maternelle, m’explique-t-elle. J’avais une impression d’échec dans ma relation de fille à mère. Il fallait que j’affronte cette idée selon laquelle on est forcément une fille ingrate si on remet le point de vue maternel en question, si on ne dit pas ‘oui’ à tout, qu’on pose des limites. Il fallait que je me sente prête à m’affirmer face à ma mère, contre ma mère, et ça a pris du temps.“Si cela prend du temps, c’est parce que le sujet est encore tabou
Le sous-titre de Chère maman est Les mères aussi peuvent être toxiques. L’adverbe “aussi“ est lourd de sens. “La toxicité commence à bien être traitée dans les relations conjugales, professionnelles, admet Sophie Adriansen, mais le fait que la personne supposée aimer inconditionnellement son enfant dès le jour de sa naissance puisse avoir un comportement critiquable, oui, ça reste tabou. Aux yeux de la société, on n’a pas le droit d’en vouloir à sa mère. Dire qu’on lui en veut, c’est de l’ingratitude pure, car cette personne nous a donné la vie, s’est potentiellement sacrifiée.
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